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Il pratique l'avance et le retrait sans arrêt, c'est déroutant. Va et vient. Flux et reflux. Mais sans la régularité des marées. Elles ont un calendrier les marées, elles te donnent rendez-vous tel jour à telle heure. Lui non, tu ne sais jamais, il fait ça dans le désordre, au gré de je ne sais quel rythme intérieur, un rythme qui ressemblerait au tracé de l'électrocardiogramme d'un tachy-arythmique. Je ne sais plus à quel pied me vouer ni sur quel saint danser. Parfois il s'avance si près de ma rive que je sens l'odeur de sa peau. Menthe poivrée. Et puis, soudain, le temps que tu claques des doigts, il n'est plus là. Certes, il pourrait s'être planqué derrière un rocher, en apnée, à m'observer, guetter mes réactions. Mais je ne crois pas. Non, je crois qu'il s'est retiré en son lieu, en son lui. C'est cela, en son lui. Inaccessible. Il reviendra dans une semaine, un mois, un an. Ou jamais.

Demain, je ne sais pas, mais aujourd'hui, là, maintenant, je fatigue tu sais, je fatigue.